Lapis Fructus

Commande du Musée villa gallo-romaine de Loupian, 2020.
Création dialogue à partir des mosaïques du site.
Formats variables, impression support transparent, verre.

 » C’est au Musée gallo-romain Villa-Loupian que l’œil de l’artiste photographe, David Huguenin nous invite à ouvrir notre regard sur des motifs végétaux, pétrifiés dans les tesselles des mosaïques de la villa, installées depuis 1500 ans.

Comment ne pas penser que ce Lapis fructus,  qu’on pourrait traduire de diverses manières : « Fruit de la pierre » ou bien « comment un certain usage peut pétrifier », convoque un monde à part, celui des divines métamorphoses antiques ?

En général, ce sont des nymphes et des mi-dieux qui sont transformés en végétaux. Arbres-filles et Garçons-fleurs*. La belle Daphné qui, en laurier, n’offrira aux avances pressantes d’Apollon qu’un tronc à étreindre, ou bien encore Hyacinthe, dont le sang répandu sème une brassée de pétales bleues. La si jolie Syrinx qui, poursuivie par l’effrayant satyre Pan, ne lui proposera son corps qu’en une gerbe bruissante de roseaux tandis qu’un Narcisse, si amoureux de lui-même, se voit transformé à sa mort en un bouquet de fleurs blanches.

Mais ici, David Huguenin sidère, pétrifie la plante par son image.
Pas n’importe quelle plante. Toutes sont distinguées pour leur valeur symbolique et leurs liens aux divinités. Ainsi l’églantine* à Aphrodite, la vigne sauvage à la nymphe Vitis, ou encore l’Olivier à Athéna.

Cette image captée, sidérée, David la fixe et la fige dans un instant souple. Il en poursuit sa lapidification par la géométrie, qui la transforme,  puis la multiplie et la miroite. Le végétal, alors motif et trace, se dépose au sol, prolonge et poursuit, au-delà des siècles, les compositions ornementales disparues.

De nouveaux liens se tissent, la mosaïque peut être décomposée et nous dévoile, peu à peu, ses inspirations naturalistes. Alors, un nouveau jardin vient, en image sensible, dialoguer avec un passé enfoui et pétrifié.

Merci donc à David Huguenin de nous montrer à voir, à voir que la puissante beauté d’une nature vivante se cache dans un sauvage menacé aujourd’hui,… dès lors qu’un regard précis s’y intéresse et qu’un geste artistique joue de métamorphose… »

Laurent FABRE 9.2020
directeur Patrimoine & Archéologie
Sète agglopôle méditerranée

* Françoise Frontisi Ducroux, Arbres filles et garçons fleurs, Métamorphoses érotiques dans les mythes grecs
Paris, Seuil, 2017, 180 p. (https://journals.openedition.org/genrehistoire/4843)
* certaines plantes citées ne figurent pas dans la salle des mosaïques mais sont présentes parmi les 469 études et variations de la vidéo projetée dans le frigidarium.